Samuel : un moment exceptionnel

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Samuel : un moment exceptionnel

Il y a, à mes yeux, un moment extraordinaire dans la vie d’un pasteur de paroisse (le seul ministère que je connaisse vraiment). Un moment exceptionnel et qui pourtant se répète régulièrement, à chaque fois unique et impressionnant. Un événement à nul autre pareil qu’il faut apprendre à savourer dans la reconnaissance et l’émerveillement. Apprendre à s’arrêter pour le vivre pleinement, dans la pleine conscience de sa propre petitesse devant ce cadeau immense qui toujours se répète. Toute la semaine pastorale tend vers ce moment…

samuel_amedro_flickrEn effet, toute la semaine, tu as travaillé. Parfois avec bonheur et facilité, parfois avec difficulté et lassitude, mais toujours dans la discrétion (ne pas déverser sa bile et ses états d’âme sur les membres de l’église : nous ne sommes pas au centre et nous le savons.) Toute la semaine donc, tu as travaillé. Et pour cette tâche-là qui t’incombe, ce ministère précis qui t’est confié, cette fonction pour laquelle tu as été formé et qui constitue le cœur du ministère et de la vocation, tu as réservé du temps, parfois plus d’une dizaine d’heures, dans ton agenda surbooké (tant il est vrai que les pasteurs, bien qu’annonçant le salut par grâce pour tout le monde, se croient trop souvent obligés d’être surbookés comme s’ils devaient prouver leurs œuvres !). Du temps mis de côté donc, comme arraché aux sables mouvants des obligations qu’on se crée …
Une dose d’exégèse (comme un concertiste qui fait ses gammes, c’est une astreinte, un exercice indispensable), un zest de lecture (parce qu’il ne faut jamais s’arrêter de lire, de la théologie certes, mais pas seulement: abonnements à des journaux et puis, petit à petit, ouvrir ses centres d’intérêts sur le monde, la culture, les questions essentielles et les questions qui touchent au concret de la vie), un doigt de visites aussi (indispensable nécessité d’écouter ce qui concerne la vie réelle, une manière de prendre au sérieux l’incarnation), une part de prière enfin (dis-moi, Seigneur, ce que tu attends de moi, dis-moi ta Parole. Parle Seigneur, ton serviteur écoute! Une supplique quotidienne, pour ne pas confondre convictions, opinions, impressions et sensations avec Sa volonté, Sa Parole).
Et puis, tu t’es mis derrière ton écran, ton clavier ou ton stylo – peu importe -, et tu as (ac)couché sur le papier, plus ou moins dans la douleur selon tes aptitudes personnelles, plus ou moins à l’avance selon ton inquiétude naturelle ou ta dose de procrastination, mais toujours avec un point fixe à l’esprit : nous avons rendez-vous avec le Seigneur et je ne veux pas le rater.
Voici donc pour moi les ingrédients du cocktail. Un subtil alliage de réflexion et d’écoute, d’intelligence et de cœur, de travail et d’illumination…
Et puis arrive ce moment tant attendu, tant redouté. Nous sommes sans doute un dimanche matin (mais pas forcément). Le trac monte et tu le sens. Tu vas prêcher. Voilà l’essentiel.
Tu vas prendre la Parole que Dieu te confie pour la porter vers ceux qui se sont déplacés pour la recevoir. Ton travail et ta vocation, c’est d’essayer de rendre le Christ présent par sa Parole vivante qui vient toucher notre existence. C’est à ce moment précis que tu ressens l’immensité de la tâche et l’indignité de celui qui la porte.
Pendant que le temple se remplit, peut-être ressentiras-tu le besoin de te mettre à l’écart un moment pour te préparer et implorer l’inspiration du Saint Esprit. Peut-être enfileras-tu une robe pastorale pour bien signifier qu’un Autre va prendre la Parole et qu’il ne faut pas se tromper d’orateur. Peut-être seras-tu envahi de doutes : ai-je assez travaillé ? Ai-je assez prié ? Seigneur, ne me laisse pas tomber maintenant. Alors il faudra te souvenir de l’apôtre Paul : Ma grâce te suffit !
Et puis voilà, au moment où tu montes dans la chaire pour proclamer l’Evangile, tu es envahi par la conviction d’être là à ta place. Parce que c’est le Seigneur lui-même qui l’a voulu et qui t’a appelé, parce que l’Eglise t’a formé et reconnu dans cette fonction, parce que tu sais qu’il a besoin de toi pour parler, que ce soit pour consoler ou pour bousculer, pour apaiser ou pour réveiller, pour déraciner et faire disparaître, pour bâtir et pour planter. A ce moment-là, tu ne pourras pas faire autrement que de dire : Je suis le serviteur du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta Parole !
Le pasteur? Pour moi, c’est un prédicateur …

Samuel Amédro
pasteur à Casablanca

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